Famille Gosset-Brochier

Journal

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Mardi 27 octobre 2009 - Le prix du sang

Il y a quelques jours, Patricia, la petite sœur de Parpar, l'un des volontaires de Saint Damien, a dû être hospitalisée en urgence. Elle fut admise dans un hôpital publique, sa famille étant bien trop pauvre pour s'offrir le luxe d'un hôpital privé. Cependant, dans ce genre d'établissement, même si les soins sont très bons marchés, ils restent quand même exorbitants pour tous les habitants de Sapang. Dès lors, la plupart des hôpitaux publiques refusent de laisser partir leurs patients tant qu'un certain pourcentage de la facture n'a pas été payé. Et bien entendu, tant que le patient reste hospitalisé, la somme due ne fait qu'augmenter… Cette « prise d'otage » des malades, aussi scandaleuse qu'elle soit, semble être le seul moyen pour les hôpitaux publiques de s'assurer que leur débiteurs, pour la majorité insolvables, ne mettent pas un temps trop déraisonnable pour rembourser leur dette. Parallèlement à cela, certaines structures gouvernementales existent auprès desquelles les plus pauvres peuvent demander des prêts ou des dons d'argents à des fins médicales.

La semaine passée, Patricia eut besoin d'une transfusion de dix pochettes de sang, soit quatre litres. Cette opération fit exploser la facture de l'hôpital, le prix d'une seule pochette coutant à peu près un mois de salaire pour sa famille. Et, alors que Patricia était rétablie, elle devait rester à l'hôpital jusqu'à ce que ses parents parvinssent à payer une bonne partie de l'opération… ou à trouver dix donneurs de sang. Immédiatement, et avec beaucoup de spontanéité et de générosité, un petit groupe parmi les jeunes de Saint Damien se constitua pour aller donner leur sang. Aude et moi en fîmes parties. Nous partîmes donc hier avec Kuya Nick et huit autres jeunes. Arrivés sur place, les conditions d'hospitalisation nous semblèrent presque cauchemardesques… Et Kuya Nick, affirmant qu'il s'agissait là d'un des meilleurs hôpitaux publiques de Manille ne nous rassura point sur la situation hospitalière des Philippines… Patricia se trouvait dans un grand dortoir rassemblant plus de soixante lits, avec un lit pour trois malades! La plupart des personnes hospitalisées étant des bébés, leur maman et quelques frères et sœur les accompagnaient, ce qui faisait plusieurs centaines de personnes dans cette grande salle bruyante et étouffante. Patricia ne pouvait même pas se reposer la nuit, devant partager son lit avec deux nouveaux-nés et leur maman!

Patricia à l'hôpital Les jeunes du groupe Saint Damien prêts à donner leur sang Noel et Carlo lors de l'examen médical

Enfin, au moment de donner notre sang, nous fûmes témoins d'affaires sordides. Tout d'abord, la présence de personnes qui nous accostèrent aux abords de l'hôpital, prêts à vendre chèrement leur sang, sans aucune pitié ni altruisme. Ensuite, l'hôpital lui-même, créant mille difficultés aux donneurs, afin d'obliger les patients à acheter le sang plutôt qu'à trouver des donneurs. Finalement, sur les dix personnes venues de Sapang, seulement quatre purent offrir leur sang, les six pochettes manquantes devant finalement être payées. Ironie du sort, la propre famille de Patricia ne put même pas participer au don, Parpar ayant avoué au médecin, heureux de ce prétexte de refus, qu'il lui arrivait de tousser certains jours. Quand à Aude et moi, nous nous entendîmes dire que notre sang, de rhésus négatif, ne les intéressaient pas car la plupart des Philippins sont de rhésus positif. Au delà de la frustration de s'entendre dire que l'on a un sang inintéressant et de s'être inutilement préparé psychologiquement à la douleur des piqures, le refus d'accepter des groupes sanguins, rares qui plus est, nous semble étrange. En tout cas, j'espère que si, d'aventure, une personne de rhésus négatif a besoin d'une transfusion, elle ne se fera pas éconduire ni ne devra payer plus cher sa transfusion.

Leo donne son sang Carlo donne son sang Leo et Jaja donnent leur sang Noel donne son sang Carlo donne son sang


Jeudi 15 octobre 2009 - Venise n'est pas en Italie…

Après deux semaines passées en Belgique, nous voilà de retour aux Philippines. Nous avions quitté des Philippines déjà abondamment arrosées par une saison des pluies exceptionnelle, à l'image du lac qui commençait à déborder, en espérant que deux semaines de beau temps arrangeraient la situation. Malheureusement, c'est exactement le contraire qui se produisit : pas moins de trois typhons balayèrent l'archipel en moins d'une vingtaine de jours. Impuissant, nous entendions chaque jour depuis la Belgique les coulées de boue et les inondations passer en revue leur sinistre cortège de victimes. À Sapang, le niveau du lac s'éleva encore de quatre-vingts centimètres; le contact avec nos amis n'était pas des plus aisés et nous apportait chaque fois son lot de mauvaises nouvelles : maisons inondées ou détruites, parcs à poissons submergés, courant coupé,…

Le Barangay hall avant notre départ pour la Belgique. Le lac débordait déjà. Le Barangay hall après notre retour. Le lac est monté de près de quatre-vingts centimètres en deux semaines!

Nous arrivâmes donc dans la nuit du sept au huit octobre à Manille, mais nous ne rejoignîmes pas immédiatement Sapang. En effet, le lac était alors trop agité; tenter la traversée avec toutes nos valises et Matthieu n'était pas vraiment raisonnable. Nous passâmes donc quelques jours à Manille, chez un compatriote qui nous accueillit bien chaleureusement, pauvres naufragés du bout du monde.

Finalement, nous pûmes regagner notre village dimanche. La ville de Binangonan, d'où nous prenons habituellement le bateau, était entièrement inondée. Des centaines de mètres de passerelles avaient été installées dans les rues principales; d'autres endroits étaient accessibles grâce à de petites embarcations poussées par leur propriétaire, de l'eau jusqu'au torse.

Binangonan sous eau Binangonan sous eau Binangonan sous eau

Enfin, nous arrivâmes au village. Les typhons qui s'y succédèrent ne soufflèrent pas de vent violent, Dieu merci. Il n'apportèrent que de la pluie. Énormément de pluie : en six heures, il tomba d'avantage d'eau qu'en un mois de mousson ou qu'en six mois en Belgique! L'île échappa aux glissements de terrain et aux redoutables coulées de boue, mais le niveau du lac, déjà trop haut quand nous étions partis – le terrain de basketball et le port étaient déjà recouverts d'un mètre d'eau –, atteignit des sommets. Le lac monta encore d'un petit mètre en occupant la moitié du village, obligeant près de cent cinquante familles à évacuer leur maison inondée. Plus grave, les maisons situées sur l'ancienne rive du lac furent détruites par les vagues qui s'écrasaient dessus.

Le Port de Sapang Un chien mort pourrissant dans l'eau Une cabane de pêcheur sur pilotis… trop courts!
Maison détruite Maison détruite Maison détruite

Cependant, la vie a déjà repris le dessus. Alors que nous nous attendions a vivre un ou deux mois sans électricité, le courant était déjà rétabli lorsque nous arrivâmes au village. Sapang s'est à nouveau animé : les fabricants de meubles en bambou fabriquent des meubles en bambou, les pêcheurs sortent pêcher, les couturières cousent,… Cependant, quelques détails ont changé. Les rues (émergées) sont beaucoup encombrées qu'avant, la surface habitable du village ayant considérablement rétréci; le prix des légumes a été multiplié par trois, quatre, cinq et même dix pour le chou car les routes acheminant ces denrées du nord des Philippines sont coupées; enfin, il règne dans tout le village une indéfinissable odeur de varech, de pourriture, de poisson et de poubelle!


Dimanche 30 août 2009

Finies les photos! Hier, en fin d'après-midi, quelqu'un s'introduisit chez nous alors que nous étions à Saint Damien. Il prit l'appareil photo.

Et le téléobjectif.

Et la caméra.


Vendredi 07 août 2009 - Bohol

Tous les belges sont partis. Mais avant leur départ, Delphine, Bruno et leurs enfants prirent une semaine de vacances à Bohol, une autre île des Philippines. Ils nous invitèrent à les rejoindre deux jours sur place. Nous prîmes donc l'avion dimanche soir, pour une petite heure de vol, avant de retrouver la famille Verstraete à l'hotel.

Matthieu enregistre ses bagages Matthieu n'est pas très attentif aux consignes de sécurité

Bohol est une petite île du sud, fleuron du tourisme philippin grâce à sa curiosité géologique : les « Chocolate Hills », les collines chocolats. Il s'agit de centaines de collines, hautes d'une cinquantaine de mètres, s'étendant à perte de vue et se teintant en saison sèche d'une belle couleur chocolat, d'où leur nom. Nous partîmes donc lundi matin à l'assaut de ces étranges tas de terre, dignes de nos terrils du pays noir. Sur place, le théâtre est impressionant. À perte de vue s'étend cette étrange éruption géante d'acné. Sur le chemin du retour, nous prîmes le temps d'admirer les tarsiers, les plus petits primates du monde. Quand ils ne bondissent pas d'arbres en arbres, ils se prélassent, cramponnés à leur branche, ouvrant parfois une paupière d'où surgit un œil énorme et globuleux. Le lendemain, nous passâmes la journée à la plage, attendant un bateau qui devait tous nous emmener voir les dauphins et qui n'arriva jamais. Mais les courbettes, les (mauvaises) excuses et la désolation exagérée de l'organisateur valaient tous les cétacés du monde!

Les Chocolate Hills Les Chocolate Hills Descente de la Loboc River en bateau restaurant Descente de la Loboc River en bateau restaurant Un tarsier Un tarsier


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