Famille Gosset-Brochier

Journal

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Jeudi 30 juillet 2009 - Grippe A (H1N1)

H1N1! Ce fléau nous aurait-il atteint? Début juillet, une coopérante française à qui nous étions allés rendre visite à Manille nous appelle pour nous signaler qu'elle a contracté ce fameux virus et qu'il est possible qu'elle nous en ai gratifiés. Deux jours plus tard, la possibilité se transforma en certitude, Matthieu présentant tous les symptômes de la grippe. Commença alors une longue période d'ennui et de quarantaine à la maison (presque) scrupuleusement respectée! En effet, Matthieu traina cette maladie une semaine, puis ce fut au tour d'Aude, et enfin le mien! Mais les petits ennuis de santé n'étaient pas finis! À peine rétablis, Matthieu se lança dans un marathon de diarrhées, Aude s'offrit une belle infection de l'oreille moyenne et je contractai la grippe, saisonnière cette fois!

Heureusement, nous reçûmes plusieurs visiteurs de Belgique qui nous aidèrent à garder le moral, bien que juillet soit la pire saison pour découvrir les Philippines – du moins d'un point de vue météorologique. John et Galia arrivèrent tout d'abord fin juin et nous apportèrent un coup de main appréciable alors que nous étions en « congé maladie ». Ensuite, ce fut au tour de Pénélope, la sœur de Aude qui arriva avec des nouvelles fraiches de la famille dans ses bagages, mais aussi de quoi nous aider à tenir le coup, d'un point de vue gastronomique! Elle n'arrivait pas non plus toute seule puisque Delphine, Bruno et leurs trois enfants l'accompagnaient. Il s'agit du premier couple missionnaire envoyé par la Fraternité de Tibériade, entre 2003 et 2005. Ce fut également une bonne occasion de faire le point sur les différents projets et sur notre présence ici. Étant également tout deux médecins, nous eûmes l'occasion d'user et d'abuser de leur science; leur visite ne pouvait pas tomber plus à point!


Lundi 29 juin 2009 - Joyeux anniversaire !

Un an déjà! Non pas que nous sommes aux Philippines, mais que Matthieu est né. Il souffla sa bougie vendredi passé. Le premier anniversaire d'un bébé est toujours l'occasion d'une grande fête ici; nous ne dérogeâmes pas à la règle. Un évènement presque aussi important qu'un mariage, que ce soit au niveau du nombre d'invités, de la préparation, de l'organisation,… Matthieu en profita d'ailleurs pour esquisser ses premiers pas!

L'organisation et le déroulement d'une telle fête est extrêmement codifié : il faut un karaoké (indispensable!), les trois plats de fête inamovibles, spaghettis, porc sauté et porc bouilli – la moindre originalité culinaire recevrait l'attribut « hindi masarap », pas bon! – de splendides cadeaux « made in China » à distribuer aux enfants lors de petits jeux tout autant marqués par le sceau du mimétisme, des rations de nourriture à emporter et, peut-être le plus important, de petites statuettes-souvenir à distribuer aux invités, les Philippins en font tous la collection! Une dizaine de mamans s'étaient proposées pour cuisiner sous la houlette de Kuya Oyet pour les quelques cent cinquante personnes invitées; plusieurs membres de Saint Damien nous aidèrent également pour tous les achats. Les jours précédant l'évènement, les villageois prenaient des nouvelles de l'avancement des préparatifs, se réjouissaient de pouvoir venir,… Vendredi, la fête pouvait enfin commencer.

Et ce fut le pillage. La razzia. Et oui! Toutes les fêtes tournent autour de ce principe : permettre à chaque invité d'emporter un maximum de nourriture pour sa famille, que ce soit lors d'un mariage, d'un anniversaire ou même lors d'un enterrement. Finalement, tout se termina en moins de deux heures, et nous passâmes le reste de la journée en compagnie de la communauté Saint Damien et des travailleurs de l'atelier Saint Joseph. La majorité des invités furent très satisfait, à en juger par leur joie à pouvoir emporter des montagnes de nourriture, de quoi nourrir durablement toute la famille!

Et Matthieu? Après tout, c'était sa fête! Et bien, Matthieu passa la journée à jouer avec ses nouveaux jouets. Il se présenta bien sûr au bon moment pour souffler sa bougie, avec fort peu de succès. Il lui reste à présent à essayer tous les vêtement offerts; à raison de trois tenues par jour, il devrait avoir fini dans quelques semaines! Il dispose maintenant à lui tout seul de plus de vêtements qu'Aude et moi ensembles durant toute notre vie!

Matthieu souffle sa première bougie


Mardi 09 juin 2009 - Les affres de l'administration

Qu'elle soient belges ou philippines, toutes les administrations se ressemblent. Hier, je devais me rendre à l'ambassade afin de faire valider un document nécessaire pour nos visas. Bien mal m'en prit! Après plus de trois heures de voyage, je me vis interdire l'accès au bâtiment par le garde en faction car je ne portais pas de chaussures fermées; je n'en possède tout simplement pas aux Philippines. Trois mois auparavant, les mêmes sandales au même endroit n'avaient posé aucun problème. La situation était d'autant plus énervante que le cerbère laissa passer une dame – blanche, les Philippines montrant généralement plus de réserve dans leur habillement – à la tenue plus que parcimonieuse : mini-jupe ressemblant plus à une ceinture qu'à un vêtement, nombril à l'air et décolleté abyssal. Et bien sûr, des sandales, mais à talon haut. J'eus beau expliquer, demander, implorer, mépriser, menacer, insulter (pas trop quand-même, il avait un fusil à pompe, il valait mieux ne pas l'énerver), rien n'y fit. Je me vis répondre d'aller m'acheter des chaussures. Bien décidé à ne pas avoir fait tout ce trajet pour rien, j'écumai donc tous les magasins du coin, mais sans trouver chaussure à mon pied : les plus grandes étaient encore six pointures trop courtes. Les Philippins ont de petits pieds.

Aude, judicieusement restée à Sapang, me suggéra de simplement téléphoner à l'ambassade afin qu'ils me laissent entrer. Que ferais-je sans elle! Aussitôt dit, aussitôt fait. Quelle joie – malsaine – de pouvoir toiser l'humiliation de cet adjudant au rabais, vaincu dans son domaine de prédilection! Malheureusement, après les tribulations philippines, je me heurtai à la proverbiale humanité de certaines administrations bien belges. Une espèce de walkyrie m'expliqua dans un français teinté de ménapien que l'objet de ma visite relevait du bureau untel, malheureusement fermé aujourd'hui. Vaincu, je rentrai à Sapang, sous une averse au diapason de mon humeur.

Même ici, aux Philippines, nous sommes confrontés à tous ces petits et ces sans-grades investis d'un quelconque pouvoir et qui essaient d'en tirer quelque importance. Mais je sais maintenant que, dans les films, lorsque le héros, au terme d'une incroyable poursuite en bateaux, hélicoptères et voitures, arrive à se ruer dans l'ambassade de son pays pour y recevoir la récompense de son courage et le baiser de la belle qu'il sauva des griffes des méchants, c'est de la vaste blague! Entrer dans l'ambassade de son pays s'apparente plus au parcours du combattant que peuvent être l'obtention d'un timbre dans un bureau de poste ou le service après vente de n'importe quel grand magasin.


Samedi 30 mai 2009 - Que d'eau, que d'eau!

Ça y est! Les vents ont tourné; la saison des pluies a enfin commencé! Depuis mercredi, il pleut quotidiennement… si l'on peut encore appeler cela de la pluie. Le phénomène oscille en intensité entre la bonne averse d'orage de chez nous et une apocalypse humide! Et cela dure entre une heure et plusieurs jours! Je n'ose imaginer le passage d'un typhon! Les coupures de courant sont quotidiennes et durent bien souvent jusqu'au lendemain. Les terres émergées se réduisent d'heures en heures. Nous avons les pieds mouillés. Le bruit de l'eau qui heurte le sol et les toits produit un grondement continu; la discussion peut devenir difficile. Le téléphone ne fonctionne qu'épisodiquement. Mais heureusement, la saison des pluies ne dure que quelques mois! Il n'y a donc pas de quoi s'affoler!

Et puis, nous prîmes aussi quelques jours de congé la semaine passée, juste pour les derniers instants de beau temps. Nous partîmes trois jours à Tagaytay, endroit de villégiature des riches habitants de Manille. En été, cette ville est beaucoup plus agréable que la capitale; il y fait plus frais et plus aéré car nous sommes à sept cents mètres d'altitude. Et le site est magnifique : Tagaytay s'étend sur une crête montagneuse qui domine une caldeira de vingt kilomètres. Celle-ci est remplie d'eau, et au centre de ce lac se dresse le plus petit volcan en activité du monde : le Taal. Après avoir rejoint l'île-volcan en bateau, l'ascension ne dure guère plus d'une heure. Au sommet, un petit cratère rempli d'eau chaude, de fumeroles et d'odeur d'œufs pourris (enfin, de souffre!) La toponymie des lieux nous présente aussi, au centre du lac occupant le cratère, la plus grande île dans un lac sur une île dans un lac sur une île du monde!

Le taal au centre de son lac Ascension du Taal Le cratère Matthieu Le sommet


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