Famille Gosset-Brochier

Journal

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Mardi 05 mai 2009

Comme le mois d'avril est passé rapidement... Entre la visite des frères de Tibériade, les fêtes de Pâques et du premier mai et les différentes retraites, trouver le temps pour partager tout ce qui s'est passé n'est pas évident. Frère Emmanuel arriva donc de Chine le mardi vingt-quatre mars à Manille. Nous ne pûmes le voir avant quelques jours, car il mit à profit la première semaine pour prendre un temps de retraite à Mindoro avec les membres du conseil de l'ONG, Kuya Nick, Ate Dangs, Kuya Elad et Kuay Oyet. Le calme avant la tempête... Ce n'est que le lundi suivant que tout s'emballa. En effet, frère Emmanuel – Brem (BRother EMmanuel) comme on l'appelle ici – ne disposait que d'une semaine pour faire le tour des différents projets de l'ONG et rendre visite à toutes les personnes nécessaires. En d'autres mots : mise au point pour le programme de gestion des déchets, discussion et mise sur pied des nouvelles solutions, présentation des résultats de l'atelier Saint Joseph, visite chez le Mayor de Binangonan, décider de la répartition et de l'organisation des bourses d'étude, coordination avec le curé de la paroisse pour les offices de la semaine sainte, réunions avec le barangay captain (le chef du village), visite chez le couple missionnaire (ben, nous),…

Frère Emmanuel

Et la semaine suivante commençait la semaine sainte. Entre les offices, le temps était consacré à la préparation du camp de jeunes qui allait suivre. Frère Jean-Pierre, Robert et Roland, deux amis de Tibériade, étaient arrivés entre-temps prêter main forte à l'équipe. Le camp se déroula du jeudi saint au dimanche de Pâques avec tous les jeunes touchant de près ou de loin à la communauté Saint Damien, les membres des groupes de prière, les étudiants bénéficiant d'une bourse d'étude, les volontaires, mais aussi un groupe de jeunes venu de Chine que frère Emmanuel avait apporté dans ses valises!

Les tentes du camp Les tentes du camp Lors d'un enseignement

Et à peine le camp terminé, une nouvelle retraite commença! Cette fois-ci avec les ainés du groupe Saint Damien. Nous partîmes dans les montagnes, vers le nord, dans un petit village aborigène, isolé du reste du monde. En effet, il n'y a pas de route pour le rejoindre, seulement une piste qu'emprunte un unique jeepney, plein à craquer, obligeant la moitié des passagers à monter sur le toit, à leurs risques et périls! (Attraper une branche basse ou un câble électrique à soixante kilomètres par heure...) Au bout de la piste, il faut encore marcher un peu et traverser une rivière à gué pour arriver à destination. Et quelle destination! Dans un superbe écrin de verdure, en plein jungle tropical montagneuse, un petit village d'une pauvreté extrême. Les maisons sont de vulgaires cabanes de bois, il n'y a pas d'électricité, pas de route, pas de médecin. Les villageois doivent traverser une rivière pour avoir de l'eau potable. L'absence totale de structure de santé peut rendre fatale la moindre blessure. Nous sommes pratiquement revenus à la préhistoire, à tel point que nous étions étonnés de voir que la monnaie des Philippines avait court ici. La seule chose témoignant du reste du monde est l'école construite autrefois par une ONG japonaise, où les enfants peuvent au moins espérer apprendre à lire.

Sur le toit du Jeepney Passage de la rivière à gué Installation dans le village La montagne Baignade dans la rivière

A peine revenu des montagnes, il fallait déjà préparer le départ de Brem, frère Jean-Pierre, Robert et Roland; et enfin prendre un peu de repos. Mais la semaine qui suivit, il fut impossible de lancer la moindre activité ou d'entreprendre la moindre chose : le premier mai se profilait! Le premier mai, fête de saint Joseph travailleur et fête du village de Sapang. Une semaine à l'avance, tous les gens commencent déjà à préparer à temps plein l'évènement. C'est l'occasion du grand nettoyage annuel de chaque maison; ceux qui ont les moyens, mais malheureusement aussi ceux qui ne les ont pas, repeignent leur façade. C'est que, le premier mai, tous les habitants invitent tous les membres de leur famille qui ont quitté Sapang. Au bas mot, c'est à peu près trois mille personnes qui débarquent au village! Le but pour les habitants étant d'inviter un maximum de personnes. Nous passâmes donc toute la journée du premier mai à honorer chaque famille qui nous avait invités à manger, soit une quinzaine!


Mercredi 1er avril 2009 - Petites contrariétés : suite (et fin?)

Entre la venue de frère Emmanuel et les petites tuiles ramassées en chemin, les quarante-huit dernières heures ne furent pas de tout repos! En effet, frère Emmanuel arriva à Sapang dimanche soir, après une semaine de retraite avec Kuya Nick, Ate Dangs, Kuya Oyet et Kuya Elad à Mindoro, une île proche d'ici. A Saint Damien, par contre, tous les volontaires s'activaient pour son arrivée et la kyrielle de camps, retraites et activités en tout genre qui en découle.

Lundi fut une journée plus calme, Kuya Nick, Ate Dangs et frère Emmanuel étant repartis à Antipolo afin de rencontrer l'évêque. Il avait plut toute la matinée, et, après avoir pris notre repas avec les volontaires à Saint Damien, Aude glissa sur les marches humides de l'escalier menant à la salle à manger, s'éraflant au passage sur les fils barbelés qui bordent la propriété. Incapable de marcher, nous dûmes la porter, quelques volontaires et moi, jusqu'à la clinique où Kuya Oyet l'examina. Il diagnostiqua immédiatement une fracture et ordonna de réserver un petit bateau afin de la conduire dans un hôpital. Je passai vite à la maison prendre quelques affaires pour nous et tout le barda de Matthieu et allai le récupérer chez sa nounou. Pendant ce temps, il s'avéra nécessaire de recoudre la plaie au bras, Kuya Oyet plaçant huit points de suture.

Placer Aude dans le bateau fut une entreprise digne de cascadeurs. En effet, en temps normal, monter dans les petites barques à moteur à partir de la jetée du port demande déjà une certaine adresse, mais avec Aude incapable de déplacer sa jambe et la pluie rendant tout glissant, il eût fallut un miracle pour y arriver sans que personne ne tombe à l'eau. Entre rires et larmes, nous essayâmes autre chose. Le pilote de l'embarcation s'éloigna quelques peu et revint à toute vitesse s'échouer sur la rive du lac. Nous pûmes alors hisser Aude à bord. Une dizaine de pêcheurs poussèrent alors sur le bateau pour le remettre à flot.

Entre temps, Ate Dangs, Kuya Nick et frère Emmanuel, prévenus par téléphone, organisèrent le transfert vers l'hôpital lorsque nous arriverions à Binangonan. Tandis que frère Emmanuel continuerait sa route vers Antipolo, Kuya Nick et Ate Dangs louèrent un F-X (grosse voiture qui sert de taxi) et nous attendirent au port de Binangonan. Le débarquement de Aude s'avéra plus facile que prévu, aidé en cela par plusieurs passerelles et plateformes.

Après une heure et demi de route, nous arrivâmes à l'hôpital, immense complexe américain pour Américains, d'une modernité, voir d'un luxe, à couper le souffle. A tel point que le garde refusa dans un premier temps de laisser passer les Philippins qui nous accompagnaient. Heureusement, une connaissance de Kuya Nick, le docteur Fish qui travaillait là, s'arrangea pour tous nous laisser entrer. C'est d'ailleurs lui qui s'occupa de Aude aux urgences. Elle s'avéra souffrir d'une fracture de la malléole, nécessitant une opération afin de placer une petite broche. Aude fut donc emmenée au bloc opératoire tandis qu'un infirmier m'invitait à régler les formalités administratives. Aude devant rester une nuit en observation, je décidai de passer également la nuit à l'hôpital avec Matthieu. Je pris donc congé de Kuya Nick et d'Ate Dangs, fixant rendez-vous pour le lendemain afin de rentrer à Sapang.

C'est à ce moment-là qu'arriva le deuxième gros problème de la journée : le prix de l'opération! Cinq mille huit cents dollars à payer en dollars et sur le champ! Incapable de débiter une telle somme en une fois de ma carte de crédit, je fus obligé de la laisser en gage, ainsi que mon passeport, devant revenir dans un mois payer le solde restant. L'opération ne dura qu'une demi-heure, et Aude, plâtrée, reçu bien vite une chambre individuelle, spacieuse, avec télévision, frigo, coin cuisine,… Au prix du lit supplémentaire, j'acceptai de bon cœur de dormir dans le fauteuil tandis que Matthieu partageait le lit de sa maman une fois les barrières de sécurité relevées.

Nous n'étions pas au bout de nos peines. Vers deux heures de matin, une sirène retentit dans l'hôpital, et deux infirmiers firent irruption dans la chambre pour nous évacuer : il y avait le feu! La chambre de Aude étant au rez-de-chaussée, son lit fut vite dehors, et nous pûmes constater le «redoutable» incendie. Un des bâtiments d'accueil, à plus de cent mètres de là, avait brulé, et les pompiers étaient déjà en train de remballer leur matériel à travers la pelouse transformée en rizière par leurs soins. Nous tentâmes alors de réintégrer notre chambre, mais la remarquable organisation quasi militaire de l'hôpital sembla avoir fait place à l'humeur philippine… Les malades des étages supérieures tentaient toujours de sortir du bâtiment alors que les autres cherchaient à faire exactement l'inverse! Quand il s'agit en plus de lit à déménager… Ce n'est que vers deux heures et demi que nous pûmes enfin nous rendormir… jusque six heures, comme en avait décidé Matthieu!

Mardi matin, Aude subit un rapide contrôle, et tout étant en ordre, nous pûmes quitter l'hôpital. Une surprise nous attendait : Kuya Nick, Ate Dangs, frère Emmanuel et Elad nous attendaient dans un F-X avec plein de chocolat, de biscuits, de romans en français,… Finalement, nous fûmes de retour à Sapang vers cinq heures, ayant fait un détour par un bon petit restaurant réconfortant. Là, quelques aménagements furent nécessaires. Frère Emmanuel et frère Jean-Pierre, arrivé entre-temps, partirent habiter la maison à Tibériade, tandis que nous logerions à Saint-Damien afin d'éviter à Aude les cent douze marches de la colline.

Et finalement, ce matin, après une bonne nuit de repos, nous reprîmes – au ralenti – nos activités quotidiennes, Aude à la bibliothèque et moi à Saint Joseph, ainsi que les bons petits plats philippins : du riz et du poisson. Beaucoup de poissons…


Vendredi 20 mars 2009 - Drôle de Carême

Samedi et dimanche, nous allâmes à Manille rencontrer sœur Anne-Marie, la personne envoyée chaque année par la DCC afin de voir comment se déroule notre mission. Soeur Anne-MarieNous reçûmes un accueil chaleureux dans sa congrégation, les franciscaines missionnaires de Marie. L'occasion de faire le point sur ce que nous avions déjà vécu, mais aussi de remplir notre carnet d'adresse avec les coordonnées d'autres coopérants et de missionnaires français. En effet, nous ne sommes pas les seuls volontaires envoyés par la DCC aux Philippines. Sœur Anne-Marie les ayant tous rencontrés avant nous, elle pu nous donner des nouvelles d'eux, notamment de ceux avec qui nous avions lié connaissance lors du stage de préparation à Paris. Dès mardi, elle continuait sa tournée asiatique au Vietnam afin d'y rencontrer deux volontaires DCC. Habituellement, elle venait jusque Sapang, mais cette année, suite à un petit accident, elle préférait organiser la rencontre à Manille. Nous en profitâmes alors pour rester quelques jours de plus dans la capital afin de prendre un peu de vacances. Lundi, nous ne rentrâmes donc pas à Sapang, mais prîmes une journée de repos dans un hôtel tout proche. Au menu : piscine, restaurants et farniente! Quel bonheur de voir un morceau de bœuf dans son assiette! Nous ne rentrâmes à Sapang que mardi après-midi, juste pour l'anniversaire de Kuya Nick, quarante-quatre ans! Et de nouveau la fête!

Matthieu devant la télé, à l'hôtel Matthieu dans la piscine, à l'hôtel Matthieu dans la piscine, à l'hôtel

Enfin, hier, c'était la Saint Joseph, l'enquête encouragée par Aude se terminait et les étudiants finissaient leur année scolaire. Autant de bonnes raisons pour inviter quelques amis autour d'un repas à Tibériade. Nous proposâmes donc aux volontaires de venir à la maison pour les remercier de leur travail lors de l'enquête. Mais bien vite, ce fut tous les membres de Saint Damien et de l'atelier Saint Joseph qui nous rejoignirent en un sympathique piquenique d'une trentaine de personnes! Tandis qu'ils se chargeaient du repas, nous leur préparâmes pour le dessert plus de 4 litres de yaourt et du gâteau au chocolat, ce qui les enchanta vu la vitesse à laquelle tout fut mangé! Entres autres anecdotes, nous eûmes la surprise de découvrir que la bassine dans laquelle nous nous lavions les pieds fut promue au rang de plat à spaghettis. Miam! Nous terminâmes cette charmante journée autour d'un jeu de société que nous avions demandé à l'atelier de fabriquer lors de notre arrivée.

Piquenique à Tibériade Piquenique à Tibériade

Piquenique à Tibériade Piquenique à Tibériade


Mercredi 11 mars 2009

Matthieu est malade. Encore! Lundi, dès sept heures du matin, à peine réveillé, il se mit à pleurer, et rien ne pouvait le calmer. Le lundi étant notre journée de désert, nous devions rester à Tibériade; mais à neuf heures, toujours en pleurs, nous le conduisîmes chez Kuya Oyet, le responsable de la clinique. Celui-ci nous enjoignit de consulter le plus vite possible un médecin à Binangonan (la grosse ville du coin, première étape sur la route de Manille). Nous dûmes louer un bateau privé car à cette heure, c'était le seul moyen de transport possible. Nous voilà donc partis, Matthieu bourré d'anti-douleurs, Ate Dangs, Aude et moi. Une heure plus tard, nous écumâmes tous les pédiatres de Binangonan afin d'en trouver un dont la file d'attente restait raisonnable. Dès lors, le verdict ne se fit pas attendre : infection urinaire. Heureusement détectée assez tôt et donc sans grandes conséquences… si ce n'est la douleur! Nous fûmes de retour à Sapang dans l'après-midi, et Matthieu rapidement pourvu en antibiotiques, si bien que dès mardi matin, il avait retrouvé sa bonne humeur… sauf au moment de prendre ses médicaments. Il déteste ça! Chaque fois que nous devons lui en administrer, cela tourne rapidement à la séance de torture, lorsque nous essayons de lui introduire de force une seringue d'antibiotiques en bouche. Et si par hasard nous y arrivons, Matthieu s'empresse bien vite de tout recracher! Et cela six fois par jour…


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